retour au site

S'INSPIRER DU SPORT DE HAUT NIVEAU

Le business coaching est apparu dans les années 80 comme une filiation du coaching sportif. Faisons donc un bref retour en arrière sur l’émergence de cette pratique.


Dans les années 60/70, 

la nouvelle religion que constitue la TV offre une vitrine médiatique sans précédent au sport. Les marques s’emparent de ce phénomène pour associer leur image à ces nouveaux héros de société et par là-même créer une relation émotionnelle avec leurs cibles.

Cet afflux massif d’argent bouleverse profondément le rapport au sport et à la performance : désormais source de richesse, le sport se professionnalise. La « science » du sport est née, et rien n’est plus laissé au hasard dans la préparation des athlètes. 

Les coachs prennent alors une place de plus en plus importante, au point de devenir aujourd’hui des personnalités médiatiques de premier plan, voire des gourous sans qui les stars n’en seraient pas (Nick Bolletieri il y a quelques années en tennis, qui a notamment « sorti » Agassi et Seles, Phil Jackson l’entraîneur mythique des Chicago Bulls qui a réussi l’exploit de faire cohabiter des egos surdimensionnés comme Rodman, Jordan et Pippen, Ancelotti ou Mourinho aujourd’hui en foot).

Dans les années 80,

le monde du business s’est inspiré de cette approche et s’est emparé du coaching. à sa façon. Le point-clé a été la recherche de la motivation (d’abord en équipe via le team building et les activités « outdoor », puis la motivation individuelle) et donc la prise en compte du mental dans l’entreprise. Le salarié n’était plus seulement un objet de production, c’était devenu un être en croissance, avec ses besoins et ses peurs, qu’il fallait inspirer (développement des théories sur le leadership) et accompagner sur le chemin du succès (le coaching donc). 

 

Plus de 30 ans après l’émergence de cette pratique du business coaching, un enseignement clé apporté par le sport de haut niveau n’a pas été pris en compte : la gestion de son corps et de ses émotions.

Le corps reste un tabou en entreprise.

Pourtant, de quoi s’agit-il quand on se lève à 5h du matin pour faire un A/R en province ou en Europe sur 1 ou 2 jours? Quand on enchaîne les réunions dans une journée? Quand on participe à un workshop de 2 jours qui rassemble 30 personnes de 10 nationalités différentes? Quand on travaille 70 heures dans la semaine, parce que la période est critique? Quand il s’agit d’être concentré pendant 3 heures pour intervenir au bon moment pendant une conf call ou en board meeting?

En sport, la connaissance et le management de ses ressources corporelles font la différence entre le compétiteur et le champion : gérer le match sur la durée, être décisif dans le « money time », être calme et gérer ses émotions quand le sort semble « s’acharner » et rester en alerte pour guetter la moindre opportunité…

Apprendre à gérer ses ressources corporelles et respirer, ça change tout. En sport comme en entreprise.

Pour réussir une négociation, enchaîner des meetings stratégiques en apportant de la valeur, pour être aux aguets et détecter les besoins et motivation cachés de ses interlocuteurs ou encore pour se préserver pendant les périodes de rush.

Récemment, certaines sociétés tentent d’intégrer le corps au sein même des processus de travail : certains postes « expérimentaux » chez Facebook à Palo Alto et Google à Montain View sont ainsi prévus pour travailler en position debout, voire en courant (via un tapis roulant situé sous l’ordinateur). C’est une approche intéressante mais qui me semble trop « paternaliste »  (motivation « extérieure », voire obligation à prendre en compte son corps) et surtout parcellaire (il se passe beaucoup de choses au-delà de l’effort physique; on peut par exemple courir en « stressant son corps » !).

Enfin, autre différence majeure entre le coaching sportif et le coaching business : la fréquence et la durée de la relation entre le coach et le client. Si le coaching vise bien sûr à rendre autonome le client (de façon à ce qu’il puisse trouver ses propres solutions et qu’il n’y ait pas de relation symbiotique, voire de domination), je pense qu’à haut niveau, le coaching business doit se pratiquer comme dans le sport : non pas comme un processus indépendant (une parenthèse) mais comme une relation interdépendante en fil rouge (1 fois par semaine par exemple).

C’est en se remettant en question en continu que les compétiteurs deviennent des champions.